Le 1er BCP, aux avants-postes pour rendre possible la victoire
2026 marque un double anniversaire : les 30 ans du centre d’entraînement au combat de Mailly-le-Camp (CENTAC), et les 10 ans de la recréation du premier bataillon de Chasseurs à pied dont les traditions lui ont été confiées en 2016. Quel choix pertinent d’avoir confié ces traditions au CENTAC lorsqu’on connait le passé glorieux du premier BCP et la mission essentielle qu’il assure aujourd’hui pour le succès des armes de la France.
Par Jérôme Driant, réserviste citoyen et descendant du CDT Driant
Le premier bataillon de chasseurs à pied
Le premier bataillon de Chasseurs à pied a une place particulière parce qu’il est le Premier, par le numéro et par l’esprit. Issu de la compagnie provisoire de Chasseurs créée à Vincennes par le Duc d’Orléans pour expérimenter la carabine Delvigne-Pontcharra, il s’est très tôt fait remarquer par sa précision dans la manœuvre et sa belle tenue, donnant très vite naissance à dix autres bataillons, puis trente, dont il constituera le modèle. Dès l’origine, les fondements de l’esprit Chasseurs sont affirmés : excellence, précision, mobilité, sens de l’initiative et goût de l’innovation.
Soucieux de tenir dignement ce rang de Premier, et fidèle à sa devise « Premier Partout », le bataillon s’est illustré dans de nombreuses campagnes : Algérie, Crimée (Malakoff), Mexique, Guerre de 1870, puis les deux guerres mondiales durant lesquelles il gagne de très nombreuses citations. Notamment à Plaine et Saint-Blaise-la-Roche, où en prenant le premier drapeau à l’ennemi, il obtient au Drapeau des Chasseurs la Médaille militaire, en août 1914. En temps de paix, il demeure remarquable : à la fin du XIXe siècle, sous le commandement de chefs tels que le commandant Driant, il impressionne par ses records (raids de 110 km en 40h), et s’impose comme une référence.
Après guerre, le bataillon prend ses quartiers à Reims. Il devient centre d’instruction puis unité de combat mécanisée. Devenu 1er groupe de Chasseurs, il est dissous en 1992, mettant fin à une longue histoire couverte d’honneur et de gloires.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais, il y a 10 ans, le 1er juillet 2016, le CENTAC reçoit les traditions du « 1er bataillon de Chasseurs à pied ». Le bataillon compte aujourd’hui une compagnie, mais monte en puissance avec la création d’une CCL et d’une 2e compagnie en 2026, pour être à la hauteur de la mission qui lui est confiée en tant que centre d’entraînement au combat.
Fantassins en exercice sur un véhicule blindé de combat d'infanterie
Le centre d'entraînement au combat (CENTAC)
Au début des années 1990, tirant les enseignements de la Guerre du Golfe, les autorités militaires françaises identifient le besoin impérieux d’accroître le réalisme de l’entraînement des forces. C’est ainsi que sera progressivement expérimenté à Mailly-le-Camp un centre d’entrainement qui prendra officiellement le nom de CENTAC – centre d’entraînement au combat, le 1er juin 1996.
Unique en son genre, le CENTAC déploie une approche pédagogique originale pour entraîner et évaluer les unités de l’armée de terre française – et quelques détachements étrangers - jusqu’à 3 sous-groupements tactiques interarmes simultanément. Cette approche repose sur un triptyque robuste : 1) un accompagnement pédagogique personnalisé sur le terrain par des soldats disposant d’une riche expérience opérationnelle et d’un sens pédagogique avéré (les Observateurs-Arbitres-Conseillers) ; 2) l'utilisation d'outils de simulation instrumentée performants (système Centaure puis Cerbère) qui permettent de remonter dans un centre opérationnel l’ensemble des informations à analyser, mouvements des engins et des combattants, tirs échangés et leurs effets ; 3) et le recours à une force ennemie (FORAD assurée en grande partie par le 5e régiment de Dragons basé à Mailly) qui possède une grande liberté d'action et plonge donc les unités entraînées dans des conditions les plus proches possibles de la réalité.
Concrètement, un SGTIA, placé sous les ordres d’un chef unique, commandant d’unité, est formé à partir d’une unité organique d’infanterie ou de cavalerie blindée et intègre selon les missions des composantes d’appui et de soutien, des éléments NRBC, et de plus en plus l’utilisation de drones. L’entraînement s’étale sur une période de deux semaines, appelée « rotation ». La première est une phase de montée en puissance, dont une partie de réflexion tactique sur simulation virtuelle et sur le terrain, ainsi qu’une phase de conception de la manœuvre de débouché de la 2e semaine, tandis que les véhicules et les soldats sont équipés en systèmes de simulation et d’armement. Durant la seconde semaine, le SGTIA est déployé sur le camp de Mailly, plus étendu que la ville de Paris, dans des conditions de combats les plus proches de ce qu’ils pourront connaître en opération. Les scénarios d’entraînement sont définis en amont en fonction des besoins spécifiques des unités à évaluer.
Du fait des évolutions très fortes qui marquent les conditions du combat du futur, le CENTAC est par essence un laboratoire d’innovation pour expérimenter de nouveaux éléments de doctrines, de nouveaux armements ou équipements.
Le 1er BCP joue donc un rôle de garant du niveau d'exigence opérationnelle de notre Armée de Terre, avec pour seul objectif : permettre aux unités d’être toujours capables de remporter la victoire, qu’importent les conditions de l’engagement. Quelle mission passionnante et hautement stratégique ! A qui pouvait-on la confier de mieux qu’à un bataillon de chasseurs à pied, et qu’au premier d’entre eux ?
OAC conseillant un soldat de la FORAD au CENTAC
L'excellence au service de l'entraînement
Confier les traditions du 1er BCP au CENTAC, c’est renouer avec un ancrage territorial. Le Premier ayant successivement tenu garnison à Troyes, de 1899 à 1913, ainsi qu’à Reims, de 1954 à sa dissolution en 1992, il est intimement lié à la terre de Champagne où est implanté le Camp de Mailly.
Mais, c’est surtout inscrire le CENTAC dans un héritage militaire : celui de la belle et forte tradition du corps des Chasseurs ! Ce corps créé par le Duc d’Orléans possède depuis sa fondation quelques caractéristiques qui trouvent tous leur sens dans un Centre d’entraînement comme le CENTAC : entre autres, l’excellence, l’innovation, l’efficacité, l’esprit de corps.
L’esprit Chasseur, c’est fondamentalement une certaine exigence : ne pas se satisfaire de ce dont on peut se contenter, mais toujours chercher à faire plus, à faire mieux, et, si possible, avec du chic, de l’allure, de l’allant. En tant que garant de l’excellence opérationnelle, les cadres du CENTAC peuvent puiser dans cet esprit Chasseur pour pousser, avec bienveillance et exigence, chaque unité qui vient s’entraîner à Mailly à exprimer le meilleur d’elle-même, à se dépasser, pour progresser vraiment individuellement et collectivement.
Les Chasseurs se distinguent aussi depuis leur création par une ouverture à l’innovation. Leur adaptabilité les a conduits à devenir alpins, portés ou mécanisés, parfois même cyclistes ou parachutistes… Cette ouverture tient à la nature même des Chasseurs qui se caractérisent avant tout par leur mobilité, leur agilité, leur capacité à opérer en milieu hostile, avec leur culture de troupe d’élite, des valeurs de rapidité, d’autonomie et de résistance. Autant de qualités si nécessaires aujourd’hui pour imaginer et préparer le combat du futur. En ce sens, le CENTAC peut aussi s’inspirer de la figure du commandant Driant, chef de corps du 1er BCP de 1899 à 1905, romancier visionnaire sous le pseudonyme de « Capitaine Danrit ». L’auteur de La Guerre de Demain fut qualifié de « Jules Verne militaire » en raison de sa capacité à imaginer les évolutions de l’art de la guerre, liées notamment aux nouveaux armements et à leurs conséquences tactiques.
En recevant l’héritage des traditions Chasseurs du Premier, le CENTAC a pu aussi profiter de tout ce que l’esprit de corps, si fort chez les Chasseurs, apporte en termes de collectif. Quel défi pour le chef d’un tel corps, de commander et fédérer des hommes et des femmes qui viennent de toutes les armes, avec leurs traditions propres, leurs fiertés légitimes, leurs usages et fêtes spécifiques ! Quitter son uniforme pour porter la même tenue bleue, s’approprier les puissantes traditions d’un bataillon de Chasseurs, notamment grâce aux baptêmes Chasseurs, constitue un formidable vecteur d’unité et de cohésion. Tous peuvent aisément reconnaître qu’être Chasseur est davantage une question d’état d’esprit - cet esprit Chasseur si bien résumé par Lyautey - et tous peuvent se reconnaître dans ce qu’il véhicule d’exigence, voire y reconnaître le meilleur de ce que comportait leur arme d’origine sans avoir à la renier.
Pour toutes ces raisons, les Chasseurs ne peuvent qu’être fiers de compter sur leurs rangs une unité dont la mission, depuis 30 ans, est aussi précieuse et nécessaire, et surtout se réjouir de voir perdurer à travers lui, depuis 10 ans, les traditions de celui qui fut et demeure le premier de ses bataillons. Cela méritait de marquer dignement cet anniversaire : longue vie au CENTAC et au 1er BCP ! Vivent les Chasseurs !
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